Conditions FIDIC, 2e édition (Litige entre le maître de l'ouvrage et l'entrepreneur) / Clause 67 / Rece-vabilité des demandes / Existence d'un « différend » relatif au contrat pouvant être soumis à l'ingénieur dans le cadre de la Clause 67, non / A supposer que ce « différend » existait, a-t-il été valablement soumis à l'ingénieur selon la Clause 67, non.

Cet extrait est tiré d'une affaire où l'entrepreneur avait soumis à l'arbitrage de la CCI quelque 216 chefs de demande à l'encontre du maître de l'ouvrage. Ce dernier avait en réponse contesté la compétence du tribunal constitué sous l'égide de la CCI en vertu de la clause 67. Les exceptions de compétence soulevées par le maître de l'ouvrage pouvaient se résumer comme suit :

(1) Afin de pouvoir soumettre une question à l'ingénieur selon la clause 67, un « litige » sur cette question doit d'abord exister entre l'entrepreneur et le maître de l'ouvrage. Or l'entrepreneur n'a pas pu apporter la preuve qu'un tel litige existait relativement aux questions soumises à l'ingénieur par l'entrepreneur en vertu de la clause 67. L'entrepreneur s'est contenté de soumettre des réclamations à l'ingénieur selon d'autres dispositions des conditions FIDIC, telles que la clause 44 sur la prorogation des délais et la clause 52 sur les paiements pour variations. De telles demandes ne sauraient se transformer en litiges, du moins jusqu'à ce que l'ingénieur les ait rejetées, ce qui ne s'est pas produit en l'espèce avant l'arbitrage.

(2) Même s'il existait des litiges relatifs à ces questions, l'entrepreneur ne les a pas formellement soumis à la décision de l'ingénieur conformément à la clause 67.

Sur ces deux exceptions de compétence, le tribunal arbitral s'est prononcé en ces termes :

'The first issue for consideration is whether the three letters referred to in paragraph 3.1 to 3.3 above constitute an effective reference under clause 67 of the I.C.E. Conditions. The tribunal accepts that clause 67 involves a 'twotier' process. This means that before a claim or contention can constitute a dispute to be referred under clause 67, it must first have been submitted and rejected under the contract. It follows that if the matters submitted to the engineer are claims which have not previously been rejected, they cannot be regarded as submitted under clause 67, whatever language is used in the submission. Furthermore, where a claim has been submitted to the engineer, it is open to the contractor to resubmit the claim for consideration under the contract, without invoking the special prearbitral procedure of clause 67. The procedure under clause 67, if invoked, obliges the parties to proceed thereafter to arbitration in accordance with the time scale laid down. If clause 67 is to be invoked, it has been consistently held that the reference must be clear and unequivocal in view of the serious consequences which may flow from the reference: See Keating on Building Contracts, 5th ed., p. 922927 and the English case Monmouth C.C. v. Costelloe & Kemple [1964] 63 LGR 131 and [1965] 64 LGR 429.

Applying these principles to the 3 letters in question, the tribunal is of the view that the letters demonstrate a clear intention to submit the claims for consideration under the appropriate conditions of the contract, particularly under clauses 44 and 52, regarding respectively extensions of time and additional payment. Whether or not the claims referred to have previously been submitted to the engineer, the letters suggest strongly an intention to have the matters reviewed rather than submitted as an existing disputes. Further, to the extent that any of the claims had previously been submitted, the tribunal finds that the three letters do not constitute a clear or sufficient reference under clause 67 so as to invoke the second tier procedure under that clause.

The tribunal, therefore, is of the opinion that as at the date on which the claimant maintained the engineer had given a decision under clause 67, the engineer had been asked only to review the claims which were submitted or resubmitted. The response given by the engineer on the above date is entirely consistent with this construction. The tribunal therefore finds that on the above date disputes or differences come into existence which, in accordance with the first sentence of clause 67, should be referred for decision to the engineer as a precondition to arbitration. These disputes remain capable of being so referred subject, however, to the Claimants further contentions that the tribunal has jurisdiction.'

Le tribunal retient donc les deux exceptions de compétence soulevées par le maître de l'ouvrage : il conclut qu'il n'y avait aucun litige entre les parties lorsque l'entrepreneur a soumis ses questions à l'ingénieur selon la clause 67, et que même si l'on avait pu conclure à l'existence de tels litiges, l'entrepreneur n'a pas clairement demandé de décision à l'ingénieur sur les questions litigieuses selon la clause 67. Le tribunal juge donc que l'entrepreneur n'a pas satisfait aux exigences de la clause 67 de manière à rendre le tribunal compétent sur les chefs de demande exposés. En conséquence, le tribunal se déclare incompétent sur tous les chefs de demande. [Note : des extraits de cette sentence ont aussi été publiés en français dans le Journal du Droit international, 1993, p.1024.]